La
campagne régionale en Ile-de-France se déroule sur une multitude de
terrains et de thèmes. En particulier sur celui du regain de violence
en milieu scolaire, qui provoque depuis une semaine la légitime
protestation des enseignants et des élèves et s’étend progressivement à
de nombreux établissements de la région.


Le PS et l’UMP - sans doute parce qu’ils n’ont pas envie de parler
des dossiers, tels les transports, où la Région exerce des compétences
prioritaires (le bilan de M. Huchon comme le projet de Mme Pécresse
n’étant manifestement pas vendeurs) - polémiquent à qui mieux mieux sur
la question de la violence dans les collèges et les lycées, se
stigmatisant l’un l’autre.


Au risque de surprendre, je ne rentrerai pas dans ce mauvais débat :
bien sûr, la Région peut clôturer les lycées et les pourvoir en
vidéosurveillance. Bien sûr, c’est nécessaire, et ce sont d’ailleurs
des mesures que nous proposons nous-mêmes dans notre projet pour
l’Ile-de-France. Mais, comme on s’en doute, ces solutions sont très
loin de répondre à l’intégralité du problème posé, lequel dépasse même
la seule question de la sécurisation des établissements.


Tout d’abord, il est bien évident que la Région n’est que très
marginalement compétente dans ce domaine dans la mesure où ce sont les
services de l’Etat, police, justice et Education nationale qui sont en
première ligne. A cet égard, il est étrange de voir Mme Pécresse,
ministre d’un gouvernement qui veut supprimer la clause générale de
compétence des collectivités territoriales pour les recentrer sur leur
cœur de missions, accuser la Région Ile-de-France d’inertie et la
mettre en cause comme si c’était elle la première responsable !


C’est au ministère de l’Education nationale de doter les
établissements en personnels d’encadrement en nombre et en qualité
appropriés. Comment imaginer que des équipes de surveillants en
sous-effectif chronique, même renforcé de 2 ou 3 contrats précaires
d’étudiants, vont pouvoir efficacement prévenir et contrer les
intrusions violentes des bandes ? C’est se moquer du monde et on ne
peut que partager la colère des enseignants comme des élèves à
l’endroit d’un ministre de l’Education nationale qui nie le problème
pour des raisons d’économies comptables, tout en récusant le « droit de
retrait » (la faculté pour un fonctionnaire de cesser le service en cas
de danger sans perte de rémunération) invoqué par les professeurs
confrontés à la violence ordinaire.


Pour autant, un surcroît de moyens humain, même s’il est nécessaire,
ne traiterait que la conséquence du problème et non la cause. La racine
du mal, comme le souligne Jean-Paul Brighelli sur son blog, c’est le
renoncement du monde des adultes à fixer des limites à une jeunesse de
plus en plus en mal de repères. Moins on reconnaîtra comme tel
l’irrespect, plus l’irrespect se renforcera dans la mesure où la
question sous-jacente posée par ces attitudes est celle du « jusqu’où
puis-je aller dans la contestation de l’autorité ? »


Pour résorber à la racine la dérive de l’école, qui est celle de
l’école à la dérive, il faut d’urgence pratiquer à tous les étages de
l’Education nationale la tolérance zéro, une politique de ferme reprise
en main qui cesse d’abandonner de manière irresponsable, en dernier
ressort, les enseignants, de les utiliser comme ultime rempart aux
défauts de comportement de toute une société.


A cet égard, il me paraît urgent de :
- Rendre aux enseignants et aux proviseurs un vrai pouvoir de sanction,
que l’on a confié à tort à un conseil de discipline prompt à minimiser
les choses ;
- Remettre au goût du jour les exclusions définitives des fauteurs de
troubles irrécupérables des établissements scolaires – trop souvent
freinées par les autorités, voire carrément annulées par les préfets !
– quitte à créer des structures spécialisées pour les accueillir.
Pratiquer la tolérance zéro à l’école est autant une question de
volonté que de moyens. Combien de temps faudra-t-il encore attendre ?